Lantenay saison 2

du grand dessin au chantier habitant.

A Lantenay, nous avons expérimenté la capacité du chantier à fédérer le tissu habitant et contribuer directement au bouleversement du regard sur les lieux.

L’ancien jardin de curée laissé à l’abandon depuis plusieurs années – bien qu’occupant un site majeur du village : en balcon sur le paysage et niché sous l’église romane – est devenu le terrain d’expérimentation d’un processus de reconquête par le “faire”. Au cours des trois années sur place, nous avons organisé différents chantiers participatifs à but d’amorcer une dyanmique de réappropriation citoyenne, au côté notamment de l’association Pierres en Pays Baulas.

Les anciens murs de pierres sèches, en grande partie ruinés, ont été l’alibi nécessaire à cette amorce. La technique est simple, peu coûteuse, sans nécessité d’une quelconque condition physique ; enfants et parents, vieux et jeunes peuvent y participer à la hauteur de leurs temps ou moyens disponibles.

Ces chantiers furent l’occasion de moment conviviaux : apéritifs ou barbecues, ateliers scolaires pour la plantation d’arbre ou découverte de la faune et de la flore au côté d’un ancien employé de l’ONF … qui contribuèrent à renforcer le sentiment d’appartenance au lieu et l’attachement à lui. S’en suivirent les voeux du maire, les concerts estivaux, le projet d’un abri pour l’école en plein air … Autant de projets qui témoignent de l’efficacité d’une implication simple et concrète dans le réel dont le chantier se révèle être un moyen efficient.

L’enjeu a été ici d’initier seulement : quelques jours sur place servent à repérer les lieux, les travaux à conduire, et débuter ensemble la pose des premières pierres. La suite se fait sans nous, en autonomie, permettant au village de s’approprier la démarche de construction et de renouer avec une sociabilité simple, en action.

Ainsi, à rebours des premiers temps, le dessin est absent de la démarche : on pose le crayon, on n’établit aucun plan ni esquisse de l’ouvrage à réaliser afin de laisser le champ libre à l’oralité et à la monstration par l’acte édifiant. Le rôle d’architecte-expert s’estompe.

Après trois années, le jardin est devenu le lieu de convivialité majeur du bourg, où tous et toutes prennent plaisir à se retrouver. Chacun·e a l’impression d’avoir pris part à l’aventure (même ceux ou celles que l’on aura jamais vu porter une pierre ! …). Ce jardin en friche se pare aujourd’hui d’élégants murs en pierres sèches, d’une nouvelle palette végétale et de multiples usages ; ils réexistent alors qu’il avait disparu depuis longtemps.

Le chantier habitant a fait lieu.